Courbe de Phillips et Principe de Tinbergen

La courbe de Phillips et le principe de Tinbergen sont deux théories économiques à priori incompatibles. Pourtant, Jan Tinbergen (1903-1994) et Paul Samuelson (1915-2009), qui fonde une partie de ses théories sur la courbe de Phillips, seront tous les deux prix Nobel.

Pour la petite histoire

Alban William Phillips est un économiste atypique. Né en 1914 dans une famille de fermiers néo-zélandais, il quitte l’école avant la fin de ses études. Il est d’abord mineur de charbon pendant de nombreuses années. Phillips va ensuite se trouver plusieurs voies: chasseur de crocodiles, directeur de cinéma en Australie… Il vivra en Chine puis au Royaume-Unis. En 1939, il rejoint la Royal Air Force et part en Asie. Il est fait prisonnier par les japonais.

Après la guerre, il rentre à Londres et commence des études d’économie. Il a 36 ans. Pendant celles-ci, il développe un ordinateur hydraulique qui utilise l’eau pour simuler les flux monétaires dans l’économie, le MONIAC.

La courbe de Phillips

Devenu professeur à la London School of Economics (LSE), Alban Phillips va travailler sur l’impact du chômage dans la détermination des salaires.

Regardez la vidéo ci-dessous.

On comprend donc pourquoi cette courbe de Phillips est également appelée arbitrage de Phillips. Un gouvernement doit arbitrer entre chômage et coût du travail. J’écris coût du travail et non salaire car le coût du travail est composé du salaire, des cotisations sociales et de l’ensemble des obligations et taxes liées au salaire. Si le coût du travail est trop élevés, le chômage augmente. Pour faire baisser le chômage, il faut donc accepter une modération du coût du travail.

La formule mathématique de la courbe

Si U est le taux de chômage et dw/w l’évolution du salaire en pourcentage, alors :

Dw/w = -0,9 + 9,6838/U1,394.

Comme je l’ai indiqué dans la vidéo, Paul Samuelson (et Robert Solow) étendent donc cet arbitrage en montrant que l’inflation est inversement proportionnelle au chômage… Ce qui est contraire au principe de Tinbergen.

Le principe de Tinbergen

Jan Tinbergen, qui fut le premier prix Nobel d’économie (1969), développe un principe incompatible avec l’arbitrage de Phillips: En économie politique, il faut disposer d’autant d’instruments que l’on a de problèmes. Je peux donc avoir à la fois de l’inflation et du chômage et je dois trouver deux instruments distincts pour régler ces deux problèmes. Mettons que le chômage est dû à un manque d’investissement des entreprises.

  1. Je dois baisser les taux d’intérêts pour inciter les entreprises à investir.
  2. Je ne peux pas lutter contre l’inflation à l’aide de la politique monétaire puisqu’elle est déjà utilisée. Il faut donc utiliser la politique fiscale.

 

4 pensées sur “Courbe de Phillips et Principe de Tinbergen

  • 6 décembre 2016 à 12 h 42 min
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    Bonjour. Pouvez-vous m’expliquer en quoi une augmentation rapide du coût de la vie peut-elle engendrer une croissance des salaires nominaux? Selon Phillips, la variation des salaires nominaux est influencée par l’accroissement du coût de la vie. Pourquoi? J’ai besoin d’une explication, d’un raisonnement bien détaillé étape par étape. Merci.

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    • 6 décembre 2016 à 13 h 06 min
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      Bonjour,
      Ce n’est pas du tout une obligation. Cependant, deux raisons peuvent l’expliquer.

      La première, c’est que le salarié travail pour pouvoir vivre. Il attend donc de son travail de pouvoir subvenir à ses besoins. Plus le coût de la vie augmentera, plus il exigera des salaires élevés et plus son patron sera enclin à le lui donner. En période de chômage faible, les salaires vont donc fortement augmenter. Si l’inflation fait baisser le chômage, comme l’indique Phillips, les salaires vont donc augmenter. Mais que l’inflation fasse baisser le chômage est loin d’être une évidence.
      La seconde, c’est que l’Etat, voyant un accroissement du coût de la vie oblige les entreprises à revaloriser les salaires pour ne pas appauvrir la population. Le SMIC, par exemple, est indexé sur l’inflation.
      Dans les deux cas, on assiste à une course sans fin. L’augmentation des salaires crée une inflation de deuxième tour qui peut même rendre la machine incontrôlable.

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