MÉLENCHON, HAMON et MITTERRAND

Politique de la demande

Mélenchon, Hamon et Mitterrand ont en commun un programme de relance, une politique de la demande.

Pour les tenants de la politique de la demande, l’essentiel est d’avoir une demande soutenue. La demande, c’est vous, c’est moi, c’est l’État… bref tous ceux qui achètent.

Si la demande est forte, alors les entreprises vendront leurs produits, investiront, et embaucheront des salariés. Le chômage baissera et tout le monde s’enrichira. A l’inverse, si la demande est faible, alors les entreprises ne vendront pas, elles ne pourront pas investir, certaines fermeront, et le chômage augmentera.

C’est, en théorie, un cercle vertueux. Mais comme pour la poule et l’œuf, reste à savoir qui est premier de l’offre ou de la demande.

Prenons un exemple

Revenons sur la politique de la demande et prenons un exemple. Le gouvernement décide d’appliquer une politique de la demande et donne 1000 euros à chaque Français en demandant à chacun de dépenser cet argent dans les trois prochains mois. Anaïs aime bien les vêtements. Elle remercie le gouvernement et file dans les magasins d’une grande marque de fringues. A la fin de la journée, elle a dépensé ses 1000 euros. Anaïs est heureuse, le gouvernement aussi.
Le commerçant a gagné 1000 €. Enfin pas tout à fait. Sur les 1000 euros d’Anaïs, 200 reviennent tout de suite dans les caisses de l’État et surtout 542 euros partent en Chine où sont fabriqués les vêtements. Dans un monde ouvert, on voit donc qu’une grande partie de ce qui est donné par l’État dans une politique de la demande ne reste pas dans la richesse nationale. Pour des biens d’équipement plus durables comme les primes à la casse automobile, on constate même un second effet pervers.

Un second exemple

La prime à la casse, c’est une somme que donne le gouvernement si vous remplacez votre vieux véhicule par un véhicule neuf. Ces mesures ont été testées par les gouvernements Balladur de février 1994 à juin 1995, Juppé d’octobre 1995 à octobre 1996 et Sarkozy en 2009.

Dans les trois cas, la demande de véhicules neuf a été boosté pendant la période de la prime… Puis c’est effondré. Les ménages avaient en fait anticipé des achats de véhicules qu’ils auraient dû faire de toute façon. Ils avaient acheté un peu plus tôt et avec une prime de l’État le véhicule qu’ils auraient de toute façon acheté un peu plus tard sans que cela ne coûte un centime au contribuable. Ce point négatif s’ajoute au fait que les primes portent sur tous les véhicules, de marque française ou non et que même les véhicules français sont en partie construits à l’étranger.-

Texte de la vidéo

J’ai réuni Mélenchon, Hamon et Mitterrand dans une seule vidéo car l’idéologie présente dans leurs programmes est la même. Je n’utilise pas le mot idéologie péjorativement mais comme la pensée qui guide les propositions de leurs programmes. Chacun de ces candidats a ou a eu des propositions légèrement différentes. Hamon veut le revenu universel que Mélenchon combat par exemple, mais l’idéologie sous-jacente est la même. Mélenchon et Hamon, comme Mitterand en 81 veulent une politique de gauche radicale, un choc de demande, une relance de la consommation, des dépenses publiques fortes et des contraintes sur les entreprises.

Cette politique économique ayant déjà eu lieu entre 1981 et 1983, on peut donc voir concrètement ses résultats. Pour les plus jeunes, à l’époque, l’euro n’existe pas, nous sommes en francs avec une Banque de France autonome. Pas de traité de Maastricht, une commission européenne marginalisée qui ne peut prendre d’initiative qu’avec l’accord du conseil des ministres européen.

1981

François Mitterrand, socialiste, a été élu le 10 mai 1981 avec un slogan « Changer la vie », 110 propositions et « L’Internationale » chantée à la fin de chaque meeting.
La croissance est alors de 1,6%. Il y a 1.485.000 chômeurs. Le choc pétrolier de 1973 puis celui de 1979 ainsi que l’abandon de l’Etalon-Or en 1971 ont mis fin aux 30 glorieuses.
Le programme économique de Mitterrand repose principalement sur 5 points:

  • relance par la consommation,
  • réduction du temps de travail,
  • grands travaux,
  • nationalisations,
  • emprunt national pour investir dans l’industrie.

Vous avouerez qu’il ressemble beaucoup à ceux d’Hamon et Mélenchon.

Premières mesures

Les premières mesures de Mitterrand arrivent peu après son élection.

L’État embauche 55.000 fonctionnaires dès le mois de juin. En juillet, il augmente le SMIC de 10%. Puis de 3,7% en septembre et de 2,4% en novembre. Le minimum vieillesse, les allocations handicapés, familiales et logement augmentent à leur tour de 20 % à 25 %. Au total près de 10 milliards de francs sont injectés dans l’économie, soit 1 % du produit intérieur brut, l’équivalent de 22 milliards aujourd’hui. L’objectif est de relancer la consommation pour atteindre le plein-emploi.
La réaction est très rapide: les déficits budgétaires et commerciaux se creusent. Les prix grimpent de 13%, reprenant ainsi une grande partie de la hausse du SMIC, et les capitaux fuient à l’étranger. Une partie de chaque franc donné aux Français s’est donc transformée en inflation tandis que l’autre a servi à acheter des biens importés d’Allemagne ou du Japon. Le chômage augmente et passe à 1.673.000 chômeurs en octobre 1981. C’est 200.000 de plus qu’en mai.
En octobre, le gouvernement doit dévaluer une première fois le franc de 3%. Une dévaluation est la décision d’abaisser son taux de change par rapport à une monnaie de référence, ou à un panier de monnaies. Cela permet de renchérir le coût des importations et de restaurer une compétitivité économique. Cela appauvrit également la population en général qui voit la valeur de ce qu’elle gagne baisser.
Fin Novembre de la même année, 5 mois seulement après les premières mesures, le ministre des finances demande une pause dans les réformes. Il ne l’obtient pas.

1982

Le budget de 1982 est à nouveau un budget de relance. Il double les crédits du ministère de la Culture, augmente de 512 % ceux du ministère de la Recherche, de 112 % ceux du ministère du Travail et de 37 % ceux du ministère du Logement. Le gouvernement crée aussi l’« impôt sur les grandes fortunes » (IGF).
En janvier 1982, La semaine passe de 40 à 39 heures et L’État accorde la 5ème semaine de congés payés.
Le 13 février 1982, les banques sont nationalisées.
La retraite passe de 65 à 60 ans en mars 1982.
En juin 1982, l’inflation est de 13,5%. Elle a même dépassé les 14% en mars.
Devant cette catastrophe, le gouvernement dévalue à nouveau le franc de 5,75% et bloque les prix et les salaires en juin 1982… un an seulement après le démarrage du plan de relance.
Le code du travail est renforcé en aout 1982 avec les lois Auroux. Le nombre d’articles augmente de 30%.
Le déficit budgétaire s’aggrave, les charges sociales des entreprises se sont alourdies, tandis que le déficit commercial double en un an malgré les 2 dévaluations. Le gouvernement est contraint d’emprunter à tour de bras.

En 1983, la dette extérieure s’élève à 451 milliards, contre 123 milliards avant l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Il y a 1.772.000 chômeurs. Le nombre de chômeurs a augmenté de 287.000 en 18 mois.

Le tournant de la rigueur

Le mercredi 16 février 1983, le Premier ministre Pierre Mauroy fait une déclaration sur Antenne 2 :
« Les gros problèmes sont derrière nous, tous les indicateurs se remettent au vert, il n’y a pas d’autre explication à l’enragement de nos adversaires. »
Un mois plus tard, le gouvernement fait une troisième dévaluation de 2,5%…. Et lance le tournant de la rigueur.

  • hausse des taxes sur la vignette auto, l’alcool et le tabac,
  • augmentation du forfait hospitalier et de l’essence,
  • hausse des tarifs EDF, GDF et SNCF,
  • emprunt forcé,
  • contrôle des changes et instauration d’un carnet de change aux devises. Les Français ne peuvent plus obtenir que l’équivalent de 2.000 francs en devises et 1.000 francs en billets français pour l’année entière.

Un second mois plus tard, le gouvernement décide une augmentation des prélèvements obligatoires (forfait hospitalier, prélèvement de 1 % sur l’ensemble des revenus des ménages, impôt forcé sur les contribuables les plus imposés). L’État ponctionnera ainsi 68 milliards de francs sur les ménages.

Avec le retour à la rigueur, le temps des illusions est révolu.

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