Comment Ils Vont Tous Vous Ruiner

Le monde connaît une violente inflation en ce moment, et plus ça dure, plus les gens pensent aux années 70. Et pour cause, cette année-là, l’une des plus violentes inflations jamais vues a eu lieu aux USA sous le regard presque complice des autorités de régulation.

On parle d’inflation lorsque les prix des biens et services augmentent soudainement et violemment. Ce phénomène provoque une chute brusque du pouvoir d’achat de la population. La cause principale de l’inflation US des années 70 ce sont les politiques d’argent facile de Reserve Fédérale, la banque centrale des États-Unis.

A partir du début des années 1970, la bourse perd 50% de sa valeur en à peine vingt mois. Après que les taux d’intérêts soient passés à presque 20%, les gens comprennent qu’ils ne sont pas prêts de sortir de cette crise. En effet, il faudra une longue et difficile période de récession et de resserrement monétaire pour ramener les choses à la normale.  

Officiellement, la grande inflation qui a commencé à sévir en 1972 a été causée par une hausse rapide des prix du pétrole, des hommes d’affaire cupides et des leaders de syndicats véreux. Mais comme on va le voir, les hommes politiques et les preneurs de décision au niveau de la Fed ont été au centre de cette catastrophe.

Au cours de l’année électorale 1972, lorsque l’Amérique connaît une baisse du chômage. Les chiffres montrent même que l’économie est en forte croissance. Le président républicain Richard Nixon sera alors réélu pour continuer son œuvre. Il était tout de même le président qui a réussi à battre la récession héritée de Lyndon Johnson. 

Mais curieusement, après sa réélection, le président Nixon continue de financer la guerre au Vietnam. Pourtant il avait clairement été démontré que cette guerre était à l’origine de la récession survenue sous Lyndon Johnson. 

Le congrès à majorité démocrate aurait pu s’y opposer, mais il laisse faire. Voilà la première erreur de Nixon, c’est à dire continuer à gaspiller l’argent des Américains dans la guerre. Nixon étonnera ensuite par ses pratiques économiques douteuses. Alors qu’on le pensait conservateur, il s’avérera qu’il est en fait keynésien. 

John Maynard Keynes était un économiste britannique influent des années 1930 et 1940. Il préconise des mesures révolutionnaires. Par exemple, il pensait que les gouvernements devraient utiliser des politiques anticycliques en période difficile, en accusant des déficits pendant les récessions et les dépressions.

Richard Nixon enchaîne les mauvaises décisions en rompant le dernier lien que le dollar Américain avait avec l’or. Cette démarche que personne ne comprend jusqu’à présent a pour effet de transformer le dollar en une monnaie fiduciaire. La suite logique c’est que le dollar a été dévalué et des millions d’étrangers détenant des dollars, y compris des barons du pétrole au Moyen-Orient avec des dizaines de millions de pétrodollars, ont vu leur valeur réduite.

Jusqu’à présent, on aurait pu comprendre le président car il était un homme politique, prenant des décisions politiques pour le bien être de son peuple. La situation devient incontrôlable lorsqu’il s’attaque à l’institution technique de gestion de l’argent des Américain : la Fed.

Nixon a besoin que la Fed fasse tout comme il veut. Il commence donc par renvoyer son président William McChesney Martin et le remplace par Arthur Buns, son conseiller présidentiel. Nous sommes en 1970. Rappelons que l’inflation telle qu’on la connaît n’est pas encore perceptible et que Nixon est occupé à combattre la récession.

La Fed agit positivement sur l’économie Américaine en mettant sur pied des politiques monétaires pour favoriser la croissance tout en gardant les taux d’inflation dans des proportions raisonnables. Nixon a violé ce principe en ordonnant à son homme de main à la Fed de baisser considérablement les taux d’intérêt afin que les Américains puissent facilement prêter de l’argent. 

L’objectif était d’augmenter le pouvoir d’achat de la population et par ricochet de booster la croissance et baisser le chômage. Mais Arthur Burns et Richard Nixon vont apprendre à leurs dépens qu’il y a une énorme différence entre la théorie et la pratique. 

Rien de ce que les deux complices avaient planifié ne s’est produit. Au lieu de cela, le pouvoir d’achat s’est effondré davantage. Ce qui était d’abord une récession est devenu une récession et une terrible inflation. Plus tard, Nixon sera poussé à la démission à cause du scandale du Watergate. Il avait tenté d’espionner le parti Démocrate. Nous sommes en 1974 et la crise qu’il a contribué à créer écrase les Américains.

Pourquoi la FED a laissé faire ?

La Fed est un organisme technique qui est censée agir au mieux pour la stabilité de l’économie. Alors pourquoi n’a-t-elle rien fait alors que c’était évident que le pays allait droit dans le mur ? Le problème venait bien sûr du Leadership. Nixon a placé à la tête de cette institution très stratégique, Arthur Burns, un homme qui lui obéirait sans broncher. 

Il sera d’ailleurs révélé plus tard que Nixon mettait une pression énorme sur Burns. Dans son livre Secrets of the Temple : How the Federal Reserve Runs The Country (Comment la Reserve Fédérale ruine le pays) William Greider affirme que Nixon aurait dit : « On peut accepter l’inflation si nécessaire, mais nous n’accepterons pas le chômage. » Ils finiront par avoir les deux, et dans des proportions démesurées.  

L’Open Market Committee, un organe de la Fed en charge des politiques de création monétaire va mettre sur pied des mécanismes permettant aux Américains de prêter de l’argent très facilement, et surtout à un taux d’intérêt presque nul. Cette décision n’avait rien de technique. Elle venait d’un président qui ne savait pas très bien ce qu’il faisait. Et elle a été mise sur pied par une Fed dirigée par des gens qui sont plus soucieux de leurs propres postes que par le bien être de la population. 

La stratégie du président Nixon fonctionne juste le temps pour lui d’être réélu à la tête du pays de l’Oncle Sam. Comme dit plus haut, le chômage va baisser et l’économie va connaître une croissance appréciée par les Américains. D’ailleurs, Nixon va gagner l’élection cette année 1972 en remportant 49 États, sur les 50 que comptaient les USA à l’époque. 

On n’avait même pas encore terminé de fêter la victoire de Nixon que les chiffres sur l’inflation s’affolaient déjà. Arthur Burns, encore président de la Fed, lance l’alerte. L’inflation a doublé pour atteindre 8,8%, nous sommes en 1973. Ce chiffre ne baissera plus jamais passant à 14% en 1980. 

À ce moment, tout le monde a en tête l’image de l’Allemagne après la première guerre mondiale où il fallait une brouette d’argent pour acheter une baguette de pain. 

Heureusement, un homme va arriver comme un messie pour sauver la grande Amérique de sa grande inflation, non sans grande douleur. 

Comment Paul Volcker a stoppé l’inflation US des années 70

Face à l’incapacité d’Arthur Burns à stopper l’inflation, Paul Volcker sera nommé à sa place. Ce dernier comprend que l’inflation n’est pas la faute des pays pétroliers du Golf comme on le prétend. Il sait que ce sont les mauvaises politiques monétaires de la Fed qui sont la cause principale. Il va donc travailler dessus, en imposant un régime douloureux à la population Américaine. 

Paul Volcker, un homme qui appréciait particulièrement les cigares va imposer une solide répression sur l’économie Américaine en augmentant les taux d’intérêt à 20%. 

Un tel taux d’intérêt signifie que les gens y penseront à deux fois avant d’emprunter, ça ralentit donc l’économie et augmente le chômage. C’était une mesure très douloureuse pour les Américains qui sont habitués à prendre du crédit pour dépenser comme ils veulent. 

La méthode Volcker va marcher. De 14% en 1980, l’inflation passe à seulement 3% en 1983. En resserrant la politique monétaire, le nouveau président de la Fed prend une décision salvatrice pour son pays. Même si elle n’était pas très populaire à l’époque. 

Mais dans les moments difficiles, on a besoin d’Hommes qui aient le courage de faire ce qui est nécessaire. La grande inflation avaient été causée majoritaire par la dépréciation du dollar, la volonté de Nixon à combattre le chômage en augmentant l’inflation et dans une moindre mesure les deux chocs pétroliers.

Ironiquement, Paul Volcker a appliqué la seule méthode qu’on disait ne pas être du ressort de la Fed ; c’est-à-dire provoquer une hausse considérable du chômage. Et là où on comprend bien que les prix du pétrole n’y étaient pas pour beaucoup dans cette affaire ; c’est qu’elle a été résolue sans qu’on ait besoin de s’attaquer à ces prix-là. 

Aujourd’hui, face à l’inflation causée par le Covid-19 et le conflit armé en Ukraine, la Fed hésite à appliquer la méthode Volcker. Ses dirigeants estiment que le contexte est différent.  

La récession prescrite par Paul Volcker aura tout de même causé leur emploi à près de quatre millions de personnes, en plus des entreprises qui ont dû fermer leurs portes car elles ne pouvaient plus emprunter aux banques. Mais l’avantage c’est que depuis plus de quarante ans, les États-Unis n’ont plus connu un tel niveau d’inflation. 

Arthur Burns n’a jamais reconnu sa responsabilité dans l’inflation des années 70 aux USA. Richard Nixon a écrit ses mémoires, mais il n’en a pas parlé lui non plus. Pour ces deux-là, c’est comme si elle n’avait jamais existé. 

Sources :

Ma vidéo sur Keynes et le Keynésianisme

https://www.investopedia.com/articles/economics/09/1970s-great-inflation.asp

https://research.stlouisfed.org/publications/page1-econ/2012/10/01/the-great-inflation-a-historical-overview-and-lessons-learned/

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